La relation pédagogique à l’épreuve de l’IA

La relation pédagogique à l’épreuve de l’IA

Parmi les temps forts des 5e Journées Vincent Merle de Cap Métiers sur le thème « Former, enseigner et apprendre dans le monde des IA », l’atelier animé par Catherine MOUGIN et Ludovic MESSINGER de 3E Innovation a proposé quelque chose de différent : pas une conférence, mais une expérience collective. Des groupes de 6 à 7 personnes et une question au centre : comment l’IA transforme-t-elle concrètement la relation pédagogique ?

La forme était déjà un message en soi : pour réfléchir à l’IA, on s’est réunis. Parce que ça ne s’apprend pas seul.


Ce que l’IA peut faire pour le formateur

L’IA peut aujourd’hui prendre en charge une partie du travail de conception : créer des jeux de rôle, produire des contenus plus rapidement, améliorer le benchmark, aider à la rédaction de bilans. Elle peut aussi jouer un rôle de soutien pédagogique via des systèmes de remédiation, des agents conversationnels capables d’expliquer les erreurs, des plateformes de suivi personnalisé ou encore des avatars interactifs pour animer à distance. Duolingo en est l’exemple le plus connu : l’outil modélise les connaissances de l’apprenant et ajuste en permanence les activités proposées.

Mais la conclusion du groupe est claire : l’IA ne prend pas la place du formateur. Elle l’accompagne, lui permettant de consacrer plus de temps à ce qui a vraiment de la valeur — la relation, le jugement, l’adaptation fine aux besoins réels de la personne.


Ce que l’apprenant gagne… et ce qu’il risque de perdre

Du côté des gains : plus de personnalisation, des apprentissages potentiellement plus approfondis grâce au temps libéré, une plus grande disponibilité de l’accompagnement.

Du côté des risques : perte de confiance envers le formateur, effacement du lien humain, affaiblissement de l’esprit critique. Et un danger souvent sous-estimé : ne plus vérifier ce que l’IA produit, faute d’avoir développé le regard nécessaire pour le faire.


Une relation qui devient tripartite

La relation pédagogique n’est plus à deux. Elle intègre désormais l’IA comme troisième acteur et selon la façon dont on l’utilise, elle peut être renforcée, déplacée ou fragilisée. Souvent les trois à la fois, cela va dépendre de la posture que l’on adopte.

Renforcée quand l’IA est utilisée comme un levier au service de la relation humaine. Le formateur, libéré des tâches chronophages de conception et d’administration, peut consacrer davantage de temps à l’apprenant : mieux le connaître, mieux l’accompagner, aller plus loin dans les apprentissages.

Déplacée quand la posture du formateur évolue. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un savoir, il s’agit aussi de guider l’apprenant dans sa relation à l’outil, de l’aider à développer son esprit critique face aux productions de l’IA, de l’accompagner dans ce nouvel environnement.

Fragilisée quand l’IA prend trop de place et que le lien humain s’efface. Si l’apprenant interagit davantage avec l’outil qu’avec son formateur, il peut perdre confiance en ce dernier, voire remettre en question sa légitimité. C’est particulièrement vrai dans cette période de transition, où ni les formateurs ni les apprenants n’ont encore totalement trouvé leurs repères.


L’atelier s’est terminé sur une invitation à la réflexion personnelle, que chaque participant était invité à compléter :

« Dans ma pratique, l’IA va m’aider à… mais je m’engage à ne jamais… »

Une phrase simple, mais qui dit tout. L’IA peut être un levier puissant mais à condition de savoir ce qu’on ne lui confiera jamais.

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